L’IA et l’avocat : entre fantasmes et travail au quotidien.

L’Intelligence Artificielle entre craintes, rêves et questions, ou déjà entrée dans nos pratiques ?

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Par Pierre Grenier, Avocat au Barreau de Paris, avec la contribution de l’Association pour l’innovation en quantification, mesure et évaluation des Risques Cyber » (IQ Cyber) et de Bruno Carron, Senior expert, Airbus Defence and Space.

Chez l’avocat comme ailleurs, l’Intelligence Artificielle agite des craintes, rêves et questions depuis cinq ou six ans. Quoiqu’à la réflexion, elle soit déjà entrée dans nos pratiques.

De quoi parle-t-on ?

La première réaction de l’homme de loi face à une question consiste à la définir. Qu’est-ce alors que l’Intelligence Artificielle ?

Ce terme a été inventé dans les années cinquante par le jeune mathématicien John McCarthy. Il désigna ainsi une discipline scientifique alors naissante, visant à appréhender l’intelligence en la décomposant en facultés cognitives élémentaires, afin d’être en mesure de les simuler et de les reproduire.[1] Cette définition renvoyait au fantasme ancien, exaltant et anxiogène, d’un homme capable de faire sortir l’esprit de la matière. Des robots conscients capables de servir utilement dans l’exécution de tâches ingrates. Mais susceptibles aussi de nous échapper, dépasser, supplanter et asservir à la mesure même de leur perfection.[2] Soixante ans plus tard, les spécialistes s’interrogent toujours sur la possibilité de créer un jour une intelligence artificielle « forte » avec création d’une véritable conscience. Et une grande encyclopédie en ligne bien connue évite de définir l’IA en mentionnant son objectif de « remplacement » de l’homme. Plus prosaïquement, de nombreuses innovations liées à ces sciences ont fait irruption dans notre quotidien, améliorant le bien-être, tout en nous sommant de nous y adapter, à l’échelle planétaire.[3]

Quoique de culture cartésienne, le droit français aborde la notion d’intelligence avec circonspection. Elle évoque avant tout une li